Ah, qu’il est dur de vivre avec son temps, quand celui-ci continue sa course sans regarder dans le rétro. Qu’il est dur d’être au fait de son époque lorsque celle-ci aussi vite et aussi mal qu’un repas de famille. Oui !, c’est difficile de se tenir au courant des nouveautés de ce monde quand la majorité est médiocre, une autre partie inutile et une autre partie, encore, qui sent l’anus. Je ne dis pas qu’il n’y a rien de bon à notre époque. On réédite les Doors, Pennac écrit toujours, par exemple. Par contre, ce qui me semble injuste, c’est qu’il faille traîner dans les coins sombres et humides pour pouvoir écouter, voir ou lire des œuvres de qualités. Pas étonnant dirais-je avant vous. Toutes les lumières et systèmes d’isolations sont monopolisé par la star ac, la téléréalité, alicia keys, ou le biographe de Sarkozizi qui a changé son nom pour plus de commodité politique etc…
Mais si je vous dis tout ça, c’est que derrière se cache une raison bien plus personnelle. L’autre jour, je fus invité par un ami dans son humble demeure rempli de gens plus ou moins vieux à en croire la façon déconcertante qu’ils eurent de se saluer (l’utilisation de la poigné de main étant devenu obsolète dans leur milieu). Ces jeunes gens jouaient de la guitare en s’abreuvant d’alcool d’outre mer (jusque là tout va bien), le cheveux gras, ponctuant leurs phrases d’onomatopées de type « lol » ou « mdr » et je ne sais quels autres codes propres à cette nouvelle génération. Voilà pour le contexte. La raison en elle-même, me fut faite après une discussion que je tenais avec mon ami sur les dessins animés de notre enfance. On s’accordait le plaisir de se remémorer le temps des matinées céréalières sans autres soucis que de se faire une overdose d’image et sans autres préoccupations que les jours d’écoles. C’était la saison du club Dorothée avec sa programmation sanglante et non censuré (le pieds) : Ken le survivant, DBZ, Ulysse 31, Albator, Cobra, Rémi sans famille et bien d’autres… Notre dialogue ne tarda pas d’être interrompu par un regard empli d’interrogation, imbibé d’incompréhension et plein de rien. Je m’adresse donc au propriétaire des yeux pour le sauver de sa détresse : « Tu ne connais pas ? Pourtant t’adores le manga il me semble ? ». C’est sa tête qui répondit par la négative. « Allons, ce n’est pas si vieux que ça ! » Il fit la moue.
Entre cette chose et moi, il n’y avait que quelques années d’écarts seulement et aux vues de la pertinence de ses propos, c’est sûr qu’il a passé plus de temps devant la télé qu’à l’école. Et pourtant La curiosité, attisé par cet épisode étrange, me poussa, malgré ma misanthropie, à tendre une oreille, d’abord, puis à prendre part à la discussion, ensuite. Et là, j’avoue ne pas avoir tout suivi. Ils parlaient de choses qui m’étaient inconnus, employant des expressions venus d’ailleurs en faisant des gestes bizarres façon rencontre du 3e type.
Puis, agacé par tant d’ignorance et de questions abondantes, l’un d’eux me jette en pleine gueule : « T’es has been ta ! » me coupant aussitôt du groupe et par la même, d’une source d’information précieuse pour survivre dans la société actuel. Et bien, croyez le ou non, mais je remercie sincèrement ces connards sous doués de m’avoir sauvé des eaux boueuses où flotte une culture souillé par la futilité, le clinquant, tout ce qui brille à l’extérieure et qui vaut rien à l’intérieure, le slim, la tektonique, Raphaël, le reggae Grenoblois, Alien vs predator et toutes les autres daubes qui se vendent bien grâce aux idiots qui les achètent.
Parfois je me dis qu’il est préférable d’écouter les morts (ou les vieux) nous parler de ces choses vraies qui sentent la naphtaline, plutôt que de suivre comme une bête, la mode du blabla pathétique et sans fond pour se faire des potes qui ont MSN et le bluetooth.


