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Mettons nous d’accord avant que je n’entame cet article. Ce blog est essentiellement basé sur la haine de l’autre (sans distinctions), des institutions, de la météo, des chiens qui refont le portrait de leurs maîtres sur le trottoir, et que sais-je encore. Mais voilà, un incident tragique me pousse à parler de quelques choses de plus humain, de plus essentiel, de plus important. Je vais vous parler de moi. Oh je sais ! Tout ce qui vous intéresses ce sont vos congés payés, la santé de vos gosses, l’amant de votre femme, le prochain tirage du loto. C’est du propre ! Tandis que je m’apprête à partager une pensée qui, en fin de compte, vous concerne aussi, vous vous détournez. Mais bon dieu (pas de majuscule sinon il devient orgueilleux), bon dieu dis-je, attendez de savoir de quoi il retourne avant de vous détourner.
Ce que je souhaite vous communiquer touche plus de personnes que ma petite personnes, même si je préfère me toucher tout seul. Cela concerne tout ceux qui redoutent (ainsi que les trois suisses de mon immeuble) la vieillesse. Pour peu que vous ayez regardé mon profil, vous allez me dire : « mais qu’es ce qui c’prend la tête, il n’a que vingt trois ans » Mais quel manque d’ouverture (d’esprit, ne soyez pas vulgaire s’il vous plait). Je n’ai peut être QUE vingt trois ans, cependant, figurez vous que, pas plus tard que ce dimanche, je me suis arraché un poil blanc de ma barbe de « jeune », véritable offense à ce qui fut naguère un visage d’éphèbe étincelant (je pouf). Et oui ! Le pourrissement ne suit pas le schéma que nous nous faisons tous de notre décrépitude. Il attaque, comme ça, quand on s’y attend le moins. En générale, toujours trop tôt. Je ne grandi plus, je vieilli. Desproges disait : « l’âge mûre, par définition, c’est l’âge qui précède l’âge pourri ». Et il s’y connaissait en désagrégement. Je signale pour tous les imbéciles, que cet homme est mort d’un cancer. Cette maladie provoque une dégénérescence lente des cellules du corps. Une dégénérescence lente. Quelles différences avec la vie ? Aucune. Ces deux maladies sont semblables. Ce qui varie peut être, c’est le temps de cuisson. Là où les « vivants » brûlent leurs vies à petit feu, les cancéreux noircissent à feu vif. Et je vous le demande, vaut-il mieux vivre d’une mort lente ou mourir en vivant à fond ?! Comme disait Renaud Chateaubriand, qui est loin d’être con puisqu’il passe dans le hit machine, « j’voudrais crever avant d’être moche ». Certes, quand on le voit, on se dit qu’il aurait mieux fait de mourir jeune. Mais pour nous autres, pimpant et véritablement beau, devons nous réellement partir avant la fermeture, ou attendre de se faire foutre dehors à cause de l’ivresse de la vie. Pourquoi s’accrocher quand on sait que pour cent personnes il y a moins de dix cliffanger en circulation ? Peut être parce que plus l’on vieilli, plus on se rend compte que le printemps est beau, que les fruits sont bon, que le rire est la plus belle des musique, que les roses de la vie ont le plus subtil des parfums. Surtout quand la belle famille meurt avant nous.
Je repense à ma grand-mère. Une philosophe des temps passés, présents, futurs et imparfaits. L’autre jour elle me disait, avec son belle accent vénitien : « Ma c’est très bien où zhabite, che jé suis zouste à côté dou cimetière. Con ça, zé fait cinquanta metri et zé sorais arrivata » et puis elle a rit. Parfaitement, elle a rit. Car elle sait que le repos qui l’attend sera bien mérité. Et elle ajouta : « Tou sais, la vita, elle a pas touzours été gentile con ta mamie, ma ça fait rien perche zé bien rigolé. Ma il faut sé taire anche, per che gli altri ils pouissent ridere aussi. Alora va ben’ ».
Donc je ris. J’oublie mes poils à la con et je ris. Et quand se sera mon tour de fermer ma gueule, je souhaite que mes futurs enfants se fendent la leur.